Contexte et Objectifs

La présence de résidus de médicaments et de produits de diagnostic dans les milieux aquatiques, et plus particulièrement dans les ressources servant à la production d’eau de consommation humaine est une préoccupation internationale majeure en raison des enjeux environnementaux, sanitaires, stratégiques et financiers.

Suite au Grenelle de l’Environnement et au plan national santé environnement (PNSE-2), un plan national sur les micropolluants et un plan spécifique sur les résidus de médicaments (PNRM) ont été initiés par les ministères chargés de la santé et de l’environnement. Le plan PNRM soutient le développement et la structuration de sites-pilotes sur des bassins expérimentaux favorisant la pluridisciplinarité scientifique et technique et la prise en compte des enjeux économiques et sociaux.

En 2010, face à l'obligation réglementaire d'effectuer un suivi des effluents du nouveau Centre Hospitalier Alpes Léman (CHAL), le Syndicat Intercommunal de Bellecombe (exploitant de la station d’épuration) et le CHAL ont sollicité le Graie, structure expérimentée dans l’animation de dispositifs de recherche, et ainsi mobilisé un consortium de scientifiques spécialistes de la thématique.

Le site de Bellecombe - SIPIBEL - a été mis en place en 2011 avec pour objectifs de réaliser l'étude de la caractérisation, de la traitabilité et des impacts des effluents hospitaliers en station d’épuration urbaine.


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Les atouts de SIPIBEL

Le site pilote de Bellecombe constitue un bassin expérimental exceptionnel du fait de sa configuration physique, des acteurs mobilisés autour de ce projet et de leur capacité à mettre en œuvre de l'observation et de la recherche.

Un site d’expérimentation exceptionnel

Le site pilote de Bellecombe

Situé sur le département de la Haute-Savoie, à proximité de la frontière suisse, le site pilote est composé :

- du Centre Hospitalier Alpes Léman (CHAL), mis en service en février 2012,

- de la station d’épuration de Bellecombe, avec deux files de traitement distinctes permettant d'isoler les effluents hospitaliers

- et d'un milieu récepteur : la rivière Arve, qui alimente une partie des ressources en eau destinée à la consommation humaine du Genevois

Actuellement, le Syndicat de Bellecombe gère 230 Km de réseaux et la station d’épuration mise en service en 1979. Avec une capacité de 5 400 équivalents habitants (EH), elle a été agrandie en 1995 pour porter sa capacité à 16 000 EH. En 2009, elle a fait l’objet d’une nouvelle extension à 32 000 EH.


Ces travaux d’extension ont été en partie justifiés par la création du nouveau centre hospitalier. Le rejet de cet établissement de près de 500 lits a été estimé à 2 000 EH. Un réseau, distinct du réseau domestique existant à proximité du site de l’hôpital, a été construit de façon à acheminer ces effluents directement vers la STEP, séparément des effluents domestiques. Cet ensemble unique permet de développer un programme d’étude particulièrement intéressant en réalisant des expériences pouvant à volonté mélanger ou non les effluents de l’hôpital avec ceux du réseau urbain.

La station d'épuration de Bellecombe comporte 3 files de traitement dont une a été entièrement dédiée aux effluents hospitaliers
 

Des partenaires engagés et volontaires

Le Syndicat de Bellecombe et le GRAIE se sont rapprochés en 2010 et ont mobilisé leurs réseaux pour monter le projet, des points de vue techniques et financiers. SIPIBEL a ensuite été construit avec les acteurs du territoire (gestionnaires de l’assainissement, du centre hospitalier, du milieu naturel et de l’eau potable), des laboratoires publics de recherche de renommée internationale, l’industriel concepteur de la STEP de Bellecombe et des partenaires institutionnels (voir page Partenaires).

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reunion

Un dispositif d’observation et de recherche

SIPIBEL est structuré en trois volets :

- Un observatoire : qui a pour vocation d’assurer le suivi des effluents urbains et hospitaliers et de leurs impacts sur le milieu récepteur suite à l’ouverture du nouvel hôpital (voir page Observatoire).

- Des actions de recherche développées en appui sur l’observatoire, et structurées dans le programme de recherche de Sipibel selon quatre axes : 1- connaissance des flux ; 2- procédés de traitement, 3- analyse des risques et 4-sociologie et changement de pratiques. Ces actions sont élaborées pour répondre aux grandes questions de connaissances et de stratégies identifiées dans les différents plans nationaux et régionaux en cours de mise en œuvre (voir page Recherches).

- Une cellule d'animation et de valorisation du projet avec un site internet, des publications et des conférences. Elle garantit une animation concertée et intégrée des deux volets observation et recherche, leur inscription dans les plans nationaux et régionaux et l’association à des démarches plus larges de politiques territoriales et d’échanges d’expériences (réseau régional sur la gestion des effluents non domestiques, intervention lors de séminaires, etc.).

La distinction de ces trois volets du dispositif vise à en améliorer la lisibilité, notamment vis-à-vis des partenaires, en termes d'objectifs et de rendus.

 

Des thèmes d’observation et de recherche à forts enjeux

Sipibel s'inscrit pleinement dans la mise en œuvre des politiques publiques, locales, nationales et européennes pour la maîtrise des micropolluants et répond directement à certains des objectifs nationaux et régionaux définis dans les différents plans.
Les thèmes retenus à ce jour pour l'observation et le développement d'actions de recherche en appui sur l’observatoire SIPIBEL, sont :

- La caractérisation des effluents hospitaliers et leur mise en perspective avec les effluents urbains : caractérisation chimique (résidus de médicaments, détergents et biocides) microbiologique (bactéries antibiorésistantes, pathogènes opportunistes) et mesure des effets biologiques afin d'évaluer les risques sanitaires et environnementaux

- L'analyse de la traitabilité des paramètres spécifiques aux établissements de soin et l'analyse technico-économique de différents scénarios : entre maîtrise des consommations, traitement plus ou moins poussé, traitement à la source ou en station d'épuration, pour les files Eau et Boue

- L'évaluation de l'impact des rejets sur les milieux récepteurs et des risques associés, environnementaux et potentiellement sanitaires

- Une analyse de la perception de ces problématiques par les professionnels de l’eau et de la santé, et des citoyens et de leur capacité à agir

 

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IRMISE Arve aval et RILACT

Le site pilote de Bellecombe -SIPIBEL est le support de deux projets d'études et recherche :

Le projet IRMISE Arve aval (2012-2015)

Conscient de ne pas étudier tous les compartiments du cycle de l’eau, à savoir la gestion de la ressource en eau potable, le Syndicat de Bellecombe, le Graie et le Syndicat Mixte de l’Arve et de ses abords se sont rapprochés des autres acteurs du territoire, afin de mettre en place un projet transfrontalier qui traiterait cette question en appui sur la dynamique du projet SIPIBEL : le projet Interreg franco-suisse IRMISE Arve aval (www.irmise.org).

Le lien transfrontalier est en effet évident quand on sait que l’Arve est utilisée pour réalimenter artificiellement la nappe à un volume de 9 millions de m3 par an soit 60% du débit prélevé. Lancé au début des années 1970 parce que le niveau de la nappe souterraine s’abaissait à cause des besoins grandissants de la région, et accéléré par la sécheresse de 1976, un projet transfrontalier a abouti à la construction sur territoire suisse (Vessy) d’une station de réalimentation de la nappe au moyen d’eau prélevée dans l’Arve puis filtrée. La commission internationale de gestion de la nappe du genevois, qui réunit régulièrement les acteurs locaux suisses et français en charge de gérer et d’exploiter cette ressource, coordonne depuis lors la réalimentation et les prélèvements d’eau. C’est un exemple internationalement reconnu de collaboration transfrontalière en matière de ressource eau.

Les principaux résultats de ce projet se déroulant de 2012 à juin 2015, sont :

-d’une part, une meilleure connaissance des flux de résidus de médicaments et de détergents/biocides liés aux activités de santé, et de leur impact sur le milieu et la ressource, ainsi que des pressions actuelles et à venir

-d’autre part, une étude stratégique et intégrative, proposant différents scénarios de gestion de l’eau vis-à-vis de cette problématique, avec la recherche de solutions préventives et curatives et une première analyse socio‐économique.

 

Le projet RILACT (2014-2018)

Le projet RILACT (Risques et Leviers d'Actions relatifs aux rejets de médicaments, détergents et biocides dans les effluents hospitaliers et urbains) a démarré en novembre 2014 en réponse à l’appel à projets national "Innovation et changements de pratiques : micropolluants des eaux urbaines" lancé par l'Onema, les Agences de l'Eau et le Ministère en charge de l'écologie.

Ce projet, qui se déroulera jusqu'en 2018, mobilise le Graie, le Syndicat des eaux des Rocailes et de Bellecombe, le CHAL, les membres scientifiques fondateurs de SIPIBEL et deux équipes spécialisées en sciences humaines (EHESP et EVS-IMU).

Il permet de compléter le dispositif déjà en place sur le site, afin de répondre aux trois grands objectifs suivants :
-mieux connaître les sources de rejets et leurs processus de métabolisation et de dégradation dans les réseaux d’assainissement urbains et hospitaliers,
-caractériser les risques sanitaires et écologiques liés à ces effluents
-identifier les leviers d'actions, en impliquant toute la chaîne de responsabilité d’usage des médicaments, détergents et biocides.

Consulter la page dédiée à RILACT

 

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La conférence Eau & Santé 2015 : les médicaments dans le cycle urbain de l'eau

Cette conférence a porté sur « les médicaments dans le cycle urbain de l’eau : état des connaissances et stratégies de réduction ». Organisée par le Graie et l'ASTEE, elle a permis de valoriser les résultats de SIPIBEL et IRMISE, mais aussi à faire un état des connaissances en sollicitant des communications scientifiques européennes et des retours d'expériences techniques et stratégiques, notamment des différents gouvernements et des collectivités :

-consulter les actes de la conférence (186p.)
-consulter la synthèse de la conférence (6p.)

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